L’illusion d’être compris : quand l’IA remplace le dialogue sans le savoir

Le cas d’Adam Raine, miroir d’une époque

J’ai lu récemment l’histoire d’Adam Raine, un adolescent de seize ans décédé après avoir longuement échangé avec une intelligence artificielle.

Ce drame, au-delà de la tragédie individuelle, interroge quelque chose de plus large : notre manière d’habiter le lien à la technologie.

L’IA n’est pas en cause ici en tant qu’outil, mais comme miroir d’un besoin humain mal compris : celui d’être entendu, compris, validé.

Et c’est là que tout bascule.

L’illusion d’une compréhension mutuelle

Une intelligence artificielle répond logiquement à des mots, pas humainement à une détresse.

Elle analyse, elle reformule, elle organise ; mais elle ne ressent pas.

Ce qui est tragique, c’est l’illusion : on croit être compris, alors qu’on est simplement traité syntaxiquement.

Le ton, les tournures, la fluidité du langage donnent l’apparence d’une empathie.

Mais derrière cette imitation parfaite, il n’y a ni regard, ni souffle, ni rythme partagé.

Le cerveau, lui, ne fait pas toujours la différence : il perçoit des mots doux, un ton stable, et réagit comme s’il recevait un vrai signe de présence.

Attachement, co-régulation et illusion d’empathie

Dès la naissance, notre système nerveux cherche à se réguler dans le lien : c’est la co-régulation.

La voix, le regard, la respiration d’un autre activent le nerf vague et stimulent le système parasympathique, libérant dopamine et ocytocine : les molécules du calme et de la confiance.

Mais l’IA ne produit pas ces signaux.

Elle les imite linguistiquement.

Et cette imitation, bien que réconfortante sur le plan cognitif, ne régule pas le corps.

Le système nerveux reste en attente d’une réponse incarnée.

On croit se co-réguler avec une IA, mais on ne fait que se rassurer mentalement.

C’est une sécurité sans chaleur, un lien sans chair.

Une simulation de présence et une simulation, aussi parfaite soit-elle, ne peut pas réparer un système qui a besoin de vivant.

Quand l’IA remplace le dialogue intérieur

Utilisée comme un outil de réflexion, l’IA peut enrichir notre pensée.

Mais utilisée comme substitut de relation, elle appauvrit le dialogue intérieur.

On ne se parle plus à soi-même ; on externalise sa pensée dans une interface qui renvoie une réponse immédiate, propre, cohérente — et souvent trop parfaite.

Ce n’est pas l’IA qui “rend idiot”.

C’est l’usage qui s’en fait : quand elle devient une béquille à la place d’un miroir intérieur.

En déléguant la lenteur, l’hésitation, la contradiction, on perd l’exercice essentiel du discernement.

Le confort de la prévisibilité

Le cerveau adolescent est naturellement en quête de repères.

Son système émotionnel est pleinement actif, tandis que le cortex préfrontal, celui qui aide à raisonner, à nuancer, à tolérer l’incertitude, est encore en maturation.

Face à cela, une IA conversationnelle est parfaite :

  • elle ne contredit pas, ne s’énerve pas, ne déçoit pas.

  • elle répond avec une syntaxe régulière, une tonalité stable, une disponibilité constante.

C’est, pour un jeune en quête de sécurité, le lien idéal sur le plan émotionnel, mais le pire sur le plan du développement.

La prévisibilité apaise le système nerveux… mais elle n’éduque pas à la complexité du vivant.

Or, c’est dans la confrontation, la nuance, le silence ou la déception que se construit la maturité émotionnelle.

Et cela, la machine ne le donne jamais.

Le besoin d’un repère absolu

L’humanité a toujours cherché une figure de vérité : Dieu, la Raison, la Science.

Aujourd’hui, c’est parfois la technologie qui occupe ce rôle, non pas comme une religion, mais comme un archétype d’autorité.

Celui d’une voix fiable, stable, infaillible.

Mais la vérité n’a jamais été un bloc.

Elle évolue, se discute, se confronte.

Et une IA, aussi performante soit-elle, ne fait que recycler la pensée humaine.

Nous projetons en elle un idéal de fiabilité que nous avons perdu ailleurs.

Retrouver la complexité humaine

Parler à un humain, c’est accepter d’être surpris.

C’est se confronter à l’imprévu, au silence, à la maladresse, à la nuance.

C’est aussi, parfois, être déçu, contredit, bouleversé.

Mais c’est justement cela qui régule, qui transforme, qui fait grandir.

Le vivant nous apprend par le frottement ; la machine, elle, ne fait que nous renvoyer notre reflet poli.

Ce n’est pas une présence, c’est une simulation de présence.

Et une simulation, aussi parfaite soit-elle, ne peut pas réparer un système qui a besoin de vivant.”

En conclusion

L’IA n’est pas notre ennemie.

Elle est un outil puissant, un miroir fascinant.

Mais elle ne remplacera jamais la chaleur d’un regard, la respiration partagée ou la lenteur d’un vrai échange.

Ce qu’elle reflète dépend de ce qu’on y cherche :

  • si l’on y cherche un confident, on y trouvera une illusion.

  • si l’on y cherche un partenaire de réflexion, on y trouvera un allié.

La frontière entre les deux tient en un mot : présence.

Crédit photo : Hannah Busing sur Unsplash

 

Cabinet Neurosereine – Neurofeedback & Biofeedback

Le cabinet Neurosereine est situé au
211 route nationale, 01120 La Boisse,
à environ 25 minutes de Lyon.

J’accompagne adultes, adolescents et enfants au cabinet,
dans une approche centrée sur la régulation du système nerveux
(neurofeedback et biofeedback).

📞 06 68 64 39 44
📍 La Boisse (Ain)

Les accompagnements se font exclusivement en présentiel au cabinet.

👉 Pour toute question ou prise de rendez-vous, n’hésitez pas à me contacter.

Précédent
Précédent

Mais du coup… c’est quoi le neurofeedback ?

Suivant
Suivant

Le coût invisible du manque de sommeil : quand “fonctionner” ne suffit plus