L’ironie est belle

On a souvent cette croyance : plus on structure, plus on met de cases, de scores, de grilles… plus on est fiable. C'est un peu l'image qu'on se fait de l'intelligence artificielle aussi : des chiffres, des algorithmes, du froid, du carré.

Puis je tombe sur cette étude : Sheu et al., Phenotyping antidepressant treatment response with deep learning in electronic health records, Translational Psychiatry (Nature), 2026.

🔗 https://www.nature.com/articles/s41398-026-04266-1

Des chercheurs ont voulu apprendre à une IA à repérer si un patient sous antidépresseur allait mieux ou pas, juste en lisant son dossier médical.

Au premier abord, cela ressemble à beaucoup d'autres travaux sur l'IA. Sauf que pour "nourrir" leur modèle, ils n'ont pas utilisé les cases habituelles, pas les codes de diagnostic, pas les scores standardisés. Ils lui ont fait lire les notes que les praticiens écrivent après chaque consultation, avec leurs propres mots, comme ils le feraient naturellement.

Et c'est là que je trouve ça beau. Ce n'est pas que l'IA a "préféré" le texte libre aux chiffres, comme si elle avait fait un choix. C'est plutôt que cette information-là n'existait nulle part ailleurs.

Un patient qui va un peu mieux, qui se tient différemment, dont l'humeur change doucement de séance en séance… ça ne rentre dans aucune case d'un formulaire. Ça n'existe que dans la phrase qu'un praticien prend le temps d'écrire. Une note du type « le patient semble plus apaisé aujourd'hui » n'est ni un chiffre, ni un score. Et pourtant, elle dit quelque chose de vrai, que rien d'autre dans le dossier ne dit.

Une précision, parce que j'y tiens : l'IA n'a rien deviné toute seule. Ce sont des humains qui, d'abord, ont lu ces notes et évalué si le patient allait mieux ou non. L'IA a ensuite appris à faire ce même travail de lecture, mais à très grande échelle, des milliers de dossiers, là où un humain ne peut en lire qu'un à la fois. Ce n'est donc pas une machine qui "comprend" mieux qu'un soignant. C'est un outil qui rend enfin lisible, à grande échelle, ce qui restait jusque-là invisible aux statistiques : le langage du quotidien.

Les biomarqueurs restent précieux, les questionnaires aussi. Ils donnent des repères solides, indispensables mais une personne est toujours plus grande que les outils que nous utilisons pour la comprendre.

Cette étude me rappelle qu'une partie de ce qui compte le plus ne rentre dans aucune case. Elle vit dans les mots, dans la façon dont un professionnel raconte une évolution.

Les données mesurent. L'observation relie. Et c'est dans leur rencontre que naît la compréhension.

Crédit photo : Lilartsy sur Unsplash

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